mars 2013

par Pavel Tsatsouline, fondateur de StrongFirst

Kettlebell, "à la mode" depuis 300 ans

De temps en temps je passe devant un gym avec une pancarte dans la fenêtre : « La programmation la plus aléatoire de toute la ville ! »
OK, à vrai dire c’est : « La programmation la plus innovante », mais je ne vois pas trop la différence.
Dans Antifragile, livre plein des profondes leçons sur l’entraînement, Nassim Nicholas Taleb démolit la « néomania », l’amour du nouveau parce que c’est nouveau.
« [C’est une erreur] de croire qu’une personne fera « jeune » en adoptant une technologie « jeune », ça révèle aussi bien une erreur logique qu’un préjugé mental. Ça mène à l’inversion du pouvoir des contributions générales, donnant l’illusion de supériorité de la contribution des nouvelles générations par rapport aux anciennes – alors que, statistiquement, les « jeunes » n’apportent quasiment rien. Cette erreur est faite par beaucoup de gens mais le plus récemment j’ai vu un consultant « futuriste » bien énervé qui accusait les gens qui ne sautent pas pieds joints dans les « nouvelles technologies » de « penser vieux » (il avait… l’air pas très sain, la forme d’une poire et une transition imperceptible entre la mâchoire et le cou).
L’auteur avance que plus la technologie ou l’idée sont présentes depuis longtemps, plus il y a des chances qu’elles ont fait leurs preuves et qu’elles resteront là encore pour un moment :
[Physicien Richard Gott] a fait une liste de spectacles de Broadway un jour donné… et prédit que celui qui était à l’affiche depuis le plus longtemps le restera également plus longtemps que les autres, et vice-versa. Il a eu raison dans 95% des cas. Étant enfant il a visité et la Grande Pyramide de Gizeh (5700 ans d’âge), et le Mur de Berlin (12 ans d’âge à cette époque), et a eu raison de dire que la première survivra au second. »
C’est facile de voir comment ça s’applique à l’entraînement pour la force. Il y a une raison pourquoi « StrongFirst » n’enseigne que trois groupes d’exercices : avec Kettlebells, avec la barre olympique et sans équipement. Ils ont gagné leurs galons au cours des siècles passés. Pourquoi quelqu’un sain d’esprit choisirait une modalité « nouvelle » qui n’a pas fait ses preuves ? La probabilité que quelqu’un invente l’équipement capable de rivaliser avec les Kettlebells ou la barre olympique est comparable à la chance de gagner le gros lot au loto.
C’est pareil pour les méthodes d’entraînement. Chez « StrongFirst » on ne va pas réinventer la roue ; on ne fait qu’affiner ce que nos prédécesseurs ont fait. Les techniques qu’on enseigne ne sont pas inventées mais « déduites » de ce que les hommes les plus forts ont toujours fait naturellement. Et en ce qui concerne la programmation c’est la version 2.0 des méthodes que les haltérophiles soviétiques utilisaient dans les années 1960 pour travailler leurs Développés debout quand ceux-là faisaient encore parti des compétitions. (C’est également valable pour la méthodologie de « Powerlifting Team Russia » de Boris Sheyko).

La méthodologie "StrongFirst" repose sur les épaules des géants soviétiques -- Medvedev, Roman, Vorobiev, Rodionov et d'autres.

J’ai trouvé ça très comique quand j’ai vu une publicité pour un supplément alimentaire avec la photo de Sig Klein, un des « hommes forts » les plus connus du 20ème siècle, avec des sandales de gladiateur etc. La pub moquait son apparence, en disant quelque chose comme : « Vous ne voulez pas être aussi démodé ; prenez notre nouveau supplément ! »
Klein pouvait s’allonger sur le ventre avec un poids de 35kg attaché sur son dos – et remonter en équilibre sur ses mains. Il développait debout 100kg de manière la plus stricte possible, pesant lui-même à peine 70kg. Si c’est ça « être démodé », ça bat le « nouveau » tous les jours de la semaine.

Sig Klein, trop fort pour être "à la mode"

Courir après le « nouveau » reviens à tourner en rond. Soyez « fashion » – ou soyez fort !

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