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Entraînement 100% StrongFirst : Kettlebells, Barre Olympique, Poids de corps. Concepts, méthodologie, techniques…

La différence StrongFirst

StrongFirst est une école de culture physique, également appelée « L’École de force de Pavel Tsatsouline ». Pavel est un coach sportif de haut niveau d’origine russe qui vit et travaille aux États-Unis depuis une vingtaine d’années. Il est surtout connu en tant que pionnier du retour du Kettlebell en préparation physique en Occident puisque c’est lui qui a publié le tout premier article sur ce sujet, en 1998 ; le tout premier livre, en 2000 ; c’est lui qui a lancé, la même année, la fabrication des premiers Kettlebells sur le sol américain avec son associé de l’époque ; enfin, c’est lui qui a créé le tout premier programme de formation d’instructeurs de préparation physique avec Kettlebells.

Pavel Tsatsouline

Mais même si le nom de Pavel est associé avant tout aux Kettlebells, son travail a toujours été beaucoup plus large et fondamental. Depuis les débuts de sa carrière il s’attache à compiler, analyser et populariser les études et les découvertes des meilleurs chercheurs en sciences du sport et en disciplines médicales connexes (la biomécanique, la neurologie, la physiologie de l’exercice etc.) pour les rendre accessibles et utilisables par tous.

Au fil des années, grâce à la profondeur de son savoir, mais aussi grâce à son charisme et son ouverture d’esprit Pavel a réussi à rassembler autour de lui une équipe d’instructeurs, souvent eux-mêmes chercheurs ou bien coaches ou athlètes de haut niveau, surtout dans les disciplines de force.

Ensemble, c’est cette équipe d’instructeurs qui est la plus grande force de notre école. Toutes les nouvelles idées, les nouvelles techniques, les nouvelles méthodologies sont disséquées, mises à l’épreuve, corrigées quand nécessaire et surtout partagées : soit à travers le travail direct des instructeurs dans leurs clubs, soit à travers les publications sur le blog et le forum StrongFirst, soit lors des stages. Tout cela fait de StrongFirst un système vivant, en constante évolution toujours vers plus d’efficacité.

La réunion des cadres StrongFirst, Pittsburgh, USA, 2016

Alors, qu’est-ce qui met notre système à part, qu’est-ce qui le rend différent des autres systèmes, méthodes ou écoles ?

La particularité de StrongFirst est qu’il est bâti sur un certain nombre de concepts qui régissent toutes nos techniques, nos méthodes, toute notre approche de la préparation physique. Ces concepts sont le fruit de plusieurs années de recherche scientifique, de travail des coaches, d’expérience des pratiquants et athlètes de tous les niveaux. Ils ont été maintes fois prouvés et approuvés par la science et la médecine. Certains de ces concepts sont plutôt techniques, d’autres plus généraux. Dans cet article je vais en citer quatre qui sont, à mon humble avis, les plus fondamentaux.

Le premier concept consiste à considérer notre corps comme un tout, comme une structure unie et interconnectée. On le considère ainsi et on l’entraîne comme tel. Par conséquent, chez StrongFirst on ne travaille pas les muscles ou les parties du corps, on travaille les mouvements, en particulier les mouvements les plus basiques, les plus fondamentaux du corps humain.

Quels muscles le cerveau utilise pour exécuter tel ou tel mouvement dépend de la programmation cérébrale très profonde. L’efficacité de chaque mouvement dépend du niveau et du timing d’activation de ces muscles. Les renforcer en les « séparant » les uns des autres peut compromettre la précision et la coordination de ces paramètres et au final, nous rendre globalement moins forts et moins efficaces.

C’est pourquoi dans notre système vous n’allez pas trouver d’exercices d’isolation, chers au bodybuilding. Tous nos exercices font travailler le corps tout entier, dans sa totalité. Ces exercices, on ne les a pas inventés. Ce sont tous des vieux classiques éprouvés par des centaines, voire des milliers d’années de pratique. Notre travail à nous consiste à peaufiner leur technique pour pouvoir mieux cibler le mouvement sous-jacent.

Travail technique sur le Squat, certification SFG 1, Juin 2016, Italie

Le deuxième concept que je voulais citer est celui qu’on retrouve dans notre nom, StrongFirst, « fort en premier » ou « fort d’abord ». En effet, nous considérons la force comme la qualité athlétique la plus importante, celle qui donne leur sens à toutes les autres. Sans la force, la vitesse, l’agilité, la souplesse et même l’endurance n’ont pas beaucoup d’intérêt. Toutes ces qualités-là ne sont que les différents moyens d’appliquer ou d’exprimer la force. Par conséquent, dans notre travail on s’attache avant tout à développer la force. Et puisqu’on travaille les mouvements plutôt que les parties du corps, notre travail consiste donc à renforcer les mouvements.

Pour autant, il ne faut surtout pas croire qu’on est psychorigides par rapport à la force absolue et qu’on n’accorde aucune valeur aux autres qualités athlétiques. Mais la beauté de la force est justement qu’à la différence des autres qualités, elle ne peut pas être vraiment développée de manière « autonome ».

Pour réaliser votre vrai potentiel de force vous allez avoir inexorablement besoin de flexibilité (pour respecter les alignements articulaires qui vous permettront de manipuler les charges suffisamment lourdes), de l’agilité et de la vitesse (pour exécuter correctement les mouvements balistiques) et même de l’endurance (pour gérer le volume d’entraînement nécessaire et pouvoir récupérer). Donc, en gardant notre cap sur la force, on travaille sans relâche toutes ces qualités complémentaires pour un développement physique sain et harmonieux.

La mobilité de la ceinture scapulaire est la composante essentielle pour la force de poussée verticale

Le troisième concept est « la qualité avant la quantité ». La force, on vient de le voir, est une qualité athlétique complexe. La quantité de force qu’on produit dans une position et dans une direction particulières dépendra de plusieurs facteurs. De la taille des muscles moteurs, bien sûr (les fameux « gros biscoteaux »), mais aussi, par exemple, de l’intensité de l’influx nerveux. Encore plus l’efficacité de notre effort va dépendre de la coordination de différents muscles et de différentes parties du corps.

Suivant le premier concept, on veut que notre corps tout entier participe à chaque mouvement. Chaque partie du corps, chaque muscle a son propre rôle qu’il doit assurer en bonne coordination avec les autres. Certains muscles exécutent le mouvement, ce sont les muscles moteurs. D’autres muscles créent une base, un point d’ancrage ou d’appui aux premiers, ce sont les stabilisateurs (articulaires). D’autres encore compensent le déplacement du centre de gravité pendant le mouvement pour assurer l’équilibre. C’est une mécanique complexe et quand elle est bien « huilée », l’effort « principal » est d’autant plus efficace. C’est pour ça que la « technique » est une composante fondamentale de la vraie force.

La bonne nouvelle est que la technique, ça s’apprend. Mais il ne s’agît pas juste d’une compréhension intellectuelle. Le corps humain n’apprend que par répétition. Pour mémoriser la bonne technique nous devons la répéter. Beaucoup et souvent. On considère qu’il faut en moyenne 300 répétitions correctes et bien contrôlées pour qu’un nouveau mouvement passe du niveau conscient au niveau inconscient, et encore environ 10 000 répétitions pour qu’il passe au niveau « automatique ».

Ces répétitions correctes et bien contrôlées permettent de « programmer » le mouvement dans notre cerveau, de le « graver sur le disque dur ». Autrement dit, ça ne sert absolument à rien de faire le mouvement en question n’importe comment. Si c’est le cas, vous compromettez tout le travail que vous avez fait auparavant puisque vous « déprogrammez » le mouvement en question.

Donc, la qualité du mouvement passe avant la quantité. Par exemple, dans notre système, quand vous avez prévu de faire une série de 10 mais qu’à la 7ème répétition vous sentez que la qualité de votre mouvement fiche le camp, vous n’allez pas continuer pour finir, coûte que coûte. Chaque exercice, chaque série, chaque répétition est avant tout l’occasion de mémoriser le mouvement correct. On ne veut pas rater cette occasion et gaspiller notre énergie pour rien.

Perfectionnement du Relevé avec Kettlebell, certification SFG 1, juin 2016, Italie

Enfin, notre quatrième concept est la simplicité. On travaille, on renforce les mouvements du corps. Or, le corps humain est capable d’une multitude quasi infinie de mouvements dans tous les plans et dans toutes les directions. Pour tous les renforcer une vie entière ne suffirait pas. C’est pour cette raison que dans notre système on est devenu adeptes de la loi de Pareto.

Cette loi empirique, formulée par l’économiste italien Vilfredo Pareto à la fin du 19ème siècle, déclare que sur une palette de solutions possibles il y aura toujours 10 à 20% qui produiront à eux seuls 80 à 90% de l’effet recherché. Logiquement, pour accroître notre efficacité (dans presque n’importe quel domaine), il faudrait identifier ces 10-20% les plus efficaces et leur consacrer le maximum de temps et d’énergie.

Dans le contexte de la culture physique, il s’agît avant tout d’exercices de base qui reprennent les mouvements essentiels du corps humain: flexion et extension des hanches, des jambes, des bras et des épaules, ainsi que les « portées chargées ». C’est pour cette raison que le curriculum de la certification d’instructeurs SFG niveau 1 ne comporte que 6 exercices: le Swing, le Squat, le Clean, le Press, le Snatch et le Relevé.

Le Snatch, l'exercice "ultime" du curriculum SFG 1

Voilà donc un petit aperçu de notre système. Et pour résumer les quatre concepts qui viennent d’être cités:

  • le corps est un tout, il participe tout entier à chaque exercice
  • la force est la qualité athlétique principale: une personne en bonne santé qui veut améliorer sa forme physique devrait avant tout chercher à se renforcer
  • la qualité du mouvement prime sur la quantité
  • on doit consacrer l’essentiel de son temps et de son énergie à travailler les exercices les plus basiques

Bienvenu chez StrongFirst!

J’ai raté le test de force du SFG Niveau II

par Greg Woods, SFG II

J’ai raté le test de force SFG Niveau II. C’est comme ça qu’a commencé mon weekend de certification, alors je peux très bien commencer mon article de la même manière. Pour ceux qui ne sont pas au courant, ce test de force consiste à faire un Press (Développé debout) strict avec un Kettlebell de poids égal à la moitié de votre poids de corps. Pour moi, c’était 48kg.

Lors de ma première tentative j’ai fait à peine la moitié du chemin. Le Maître Instructeur qui dirigeait la certification m’a dit, « Va te remettre les idées en place ». Je suis parti faire un tour avant d’essayer à nouveau. Et j’ai encore raté.

TEST DE FORCE 1

Je suis venu là pour attraper « La Bête » (le Kettlebell de 48kg) et le mettre au-dessus de ma tête. Je suis venu pour montrer tout ce que j’ai pratiqué et appris et pour obtenir enfin ce certificat d’instructeur SFG 2 tant convoité. Je suis venu pour montrer que j’étais techniquement au niveau et que je méritais ce titre.

C’étaient de mauvaises raisons.

J’avais déjà réussi ce Press précédemment et mon entraînement était au point durant toute la période jusqu’à la certification à Chicago. Alors, qu’est-ce qui était en train de se passer ? Qu’est-ce que je ne voyais pas ?

Ce n’était pas mon entraînement. Ce n’était même pas mon état d’esprit. J’étais fort, capable, déterminé et confiant. J’étais peut-être un peu nerveux mais pas plus que d’habitude lors des événements StrongFirst.

Ce qui me manquait, c’était une raison personnelle, sincère et profonde. Un « pourquoi » qui en valait la peine. La maîtrise technique et la force ne sont pas suffisantes. Ni même l’état d’esprit. J’allais apprendre que j’avais besoin de donner à mon entraînement un peu d’espace pour « respirer ». Et il y a de bonnes chances que ce soit également vrai pour vous.

SFG Niveau II, point de vue de candidat

Au total, tout au long de ce weekend j’ai tenté ce Press sept fois. A chaque nouvelle tentative j’arrivais à monter plus haut qu’à la précédente. Lors de la septième j’étais aussi près du « lockout » (verrouillage du bras tendu à la verticale) qu’on puisse faire sans l’avoir. J’y ai tenu le Kettlebell pas loin de trente secondes et j’ai quand même raté. Je savais qu’à ma huitième tentative je réussirais à coup sûr. Mais ensuite nous avons fait une affreuse séance d’Epaulés Jetés (Clean & Jerk), longue de dix minutes. Et après ça, je n’avais plus de jus. Tous les autres tests se sont passés sans problèmes mais pour le Press, ce n’était pas la peine.

Tout au long du weekend j’écoutais attentivement, essayant de trouver le « truc », cette « potion magique » qui allait m’aider à avoir le Press. Je ne l’ai jamais trouvé. J’écoutais trop attentivement. Je me suis perdu dans les détails techniques au point de ne plus voir la forêt derrière les arbres.

TEST DE FORCE 2

Au SFG I j’ai été assommé par autant de détails pour chaque mouvement. Par contraste, au SFG II la phrase que j’ai le plus entendu était, « Ca dépend ». Surtout par rapport au « Bent Press » (Développé penché). Lequel, alors qu’il est devenu un de mes mouvements favoris, peut être très difficile à enseigner. Naturellement, je ne dis pas du tout que le SFG II met moins l’accent sur la technique. Ce que je veux dire est qu’il est très technique, mais avec des « angles plus arrondis ».

Je ne comprenais pas ce que ça voulait dire tant que j’étais immergé dans la certification. Il y avait quelque chose de plus nuancé dans le coaching. Quelque chose de créatif. Notre Maître Instructeur nous a dit, « Je ne suis pas du tout un scientifique. Les expressions vaguement scientifiques que j’utilise parfois, c’est pour moi uniquement un moyen d’exprimer une forme d’art ».

En effet, l’objectif du SFG II était de porter le coaching au niveau supérieur, le transformant en une forme d’art. Et cela est beaucoup plus difficile que tout le côté technique.

SFG Niveau I, point de vue d’un instructeur assistant

Quelques semaines après mon expérience SFG II j’ai eu ma première opportunité d’être instructeur assistant lors d’une certification Niveau 1. C’était aussi fabuleux, sinon plus, que la faire en tant que candidat. Il n’y a tout simplement rien de tel qu’être entouré d’autant de personnes fortes, intelligentes et talentueuses. Le seul fait d’être dans la même pièce qu’elles vous porte plus haut. Sans parler du fait que vos collègues ainsi que les candidats s’attendent à ce que vous soyez plus fort, plus technique et plus affûté que la dernière fois.

TEST DE FORCE 3

De toutes mes expériences avec StrongFirst, assister était de loin la plus cérébrale. Les candidats m’ont posé plein de bonnes questions et tout le travail que j’ai fait jusqu’à là m’a permis d’être confiant : j’étais bien à ma place pour leur répondre. Mais il y avait une chose en particulier qui m’a frappé : l’obsession du détail dans la plupart de ces questions.

De manière générale, je suis un grand fan du détail. Mais mon expérience au SFG II me perturbait encore. Il y avait quelque chose de plus que les détails techniques ou la force. Et ce n’est qu’à la fin de ce weekend passé en tant qu’instructeur assistant que j’ai compris ce que c’était.

Les candidats qui étaient les meilleurs aux tests du Niveau I n’étaient pas nécessairement les plus forts. Ni même les plus techniques. Bien entendu, ils avaient et de la force, et de la technique. Mais, plus important, ils étaient automatiques. Ils pratiquaient sans relâche. L’état d’esprit ne comptait même plus parce que dans leurs têtes c’était déjà « acté ». Il n’y avait plus de place pour le doute. Ni pour de l’inquiétude.

Les candidats qui ont le mieux réussi savaient pourquoi ils sont venus et ce n’était pas pour faire le Snatch Test (100 Snatches en 5 minutes avec un Kettlebell de 24kg). C’était quelque chose de plus. Quelque chose qui, pour eux, a transformé le Snatch Test et les tests techniques en un jeu d’enfant.

C’était une nuance supplémentaire de l’attitude positive dont je suis un grand défenseur. Même quand vous avez un objectif clair et une attitude positive durant votre « trajet », vous avez quand même besoin de connaître votre point de départ et surtout, votre vraie motivation. Le succès commence avec une raison d’être. Et une question. « Pourquoi suis-je là ? »

TEST DE FORCE 4

Alors, pourquoi êtes-vous là ?

J’ai abordé mon Niveau I sans attentes particulières. StrongFirst était pour moi quelque chose de nouveau, et même si je pratiquais sérieusement, je ne connaissais pas l’organisation suffisamment bien pour m’y investir profondément. Je savais que je voulais être là et je savais que je voulais apprendre. J’étais prêt, j’avais un esprit ouvert et tout s’est bien passé.

Lors de mon Niveau II, j’étais quasiment prêt. Mais j’étais anxieux. J’étais obsédé par des menus détails. Je regardais mon téléphone pendant les pauses et je râlais au sujet du bizarre sol caoutchouteux de la salle. Je me demandais si j’allais avoir l’air fort sur les photos (pas tant que ça). Et mon objectif certain mais non avoué était de réussir le test de Press.

C’était un objectif mal choisi. J’aurais dû venir avec quelque chose de plus élevé. Concrètement, d’apprendre à coacher comme les Maîtres Instructeurs dont plusieurs étaient présents à cette certification. J’aurais dû ralentir, assez pour me demander pourquoi j’étais là, et m’assurer que la réponse était la bonne raison.

Au Niveau I, ils nous ont dit qu’on allait pratiquer et perfectionner les techniques de base pour le reste de notre carrière. Mais en réalité, moi et plusieurs autres candidats sont venus à cette certification à la recherche d’instructions détaillées, « pas à pas », qui allaient nous rendre « dignes » du titre « Coach ». On est venu pour des check-lists et on s’attendait de partir avec un certificat. Mais ça ne marche pas comme ça. Parce qu’aucune quantité du savoir-faire technique ne peut être substituée à l’œil du coach expérimenté. C’est ce qui m’a manqué lors de mon Niveau II : je visais trop bas.

Les détails techniques sont tous dans votre manuel. C’est un coffre à trésors comme aucun autre livre ou document. Le manuel StrongFirst est aussi direct, net et concis que possible. Si vous voulez des détails, ils sont là-dedans.

TEST DE FORCE 4

Mais on ne va pas aux événements StrongFirst uniquement pour passer les tests. On est là pour se transformer en meilleurs athlètes et meilleurs coaches. Posez toutes les questions que vous voulez mais les réponses qui vous aideront le plus à long terme, aussi bien en tant qu’athlète qu’en tant que coach, ne sont pas les standards techniques.

Finalement…

Au cas où vous avez oublié le titre de cet article, j’ai fini par réussir mon test de Press, trois jours après la certification SFG I où j’étais instructeur assistant. Je n’ai pas trop travaillé le Press depuis mon SFG II. Je ne suis pas devenu beaucoup plus fort. Porter un T-shirt noir et un pantalon long (« l‘uniforme » des instructeurs StrongFirst) sous le soleil de San Diego pendant la certification Niveau I ne m’a pas armé avec des superpouvoirs.

Ce qui a changé, c’est que je suis sorti de ma zone de confort. Chaque occasion de coacher les candidats lors de cette certification m’a rendu plus confiant. Et ce que j’ai entendu à chacun des événements StrongFirst a finalement provoqué un déclic. On n’attrape pas un Kettlebell pour cocher les cases sur une check-list. « Les épaules au même niveau, les yeux fixés, les fessiers contractés… » Même si votre attitude est au point, vous n’allez pas analyser un Kettlebell de 48kg au-dessus de votre tête.

Dans mon cas, ce Kettlebell ne monterait pas si je contrôlais chaque aspect de ma position avant de démarrer. Il ne monterait pas si je pensais à mes tests ou me demandais à quoi allait ressembler le diplôme sur mon mur. Et il ne monterait sûrement pas si j’essayais d’avoir l’air « fort ».

Il a monté uniquement parce que je me suis avancé et j’ai dit, « Il est temps de faire le Press ». Le poids n’a jamais compté. Ce qui a compté était ce qui était au-delà.

TEST DE FORCE 5

Crédit photo: David Stocco, http://dlabphotography.com

Greg Woods SFGGreg Woods is a strength and movement-focused personal trainer and endurance coach. He believes all humans should be knowledgeable about and train in as many modalities as they can, as evidenced by his many and varied certifications including: SFG II, MovNat, Z-Health, CrossFit (with specialty courses in endurance and gymnastics), USAW, and NASM. His special interests include mobilization for heavy lifters, corrective exercise, neurological training, run form, and convincing people they can do more than they thought possible.

After 2000+ hours coaching CrossFit, Greg has been broadening his horizons with ever more kettlebell training, gymnastics, and natural movement – specifically focusing on these principles in his own personal training company started in 2015: Structure Strength and Conditioning. He also recently opened a small gym, Legitimate Movement, in Durham, NC with his good friend Kevin Perrone. In his spare time, Greg Woods writes fiction and loves to travel.

Zanshin

Apprendre l’art de l’attention et de la concentration auprès d’un maître samurai légendaire

par James Clear

Dans les années 1920, un Allemand du nom de Eugen Herrigel s’est installé au Japon et a commence son apprentissage du Kyudo, l’art japonais du tir à l’arc. Son professeur était un maître légendaire du Kyudo, Awa Kenzo. Kenzo était convaincu que les débutants devaient maîtriser les fondamentaux du tir à l’arc avant même d’essayer de tirer sur de vraies cibles et il a poussé cette méthode à l’extrême. Les quatre premières années Herrigel n’était autorisé qu’à tirer sur des ballots de paille à pas plus que deux mètres de distance.

Quand il a enfin été autorisé à tirer sur des cibles à l’autre bout du hall d’entraînement, sa performance était pitoyable. Il était de plus en plus découragé au fur et à mesure que les flèches s’envolaient… et tapaient à côté.

Herrigel était convaincu que le problème était dans sa façon de viser. Pourtant, Kenzo lui a dit que c’est plutôt la façon dont on approchait son objectif qui déterminait le résultat. Frustré par son maître, Herrigel lui a lancé : « Alors vous devriez être capable de toucher votre cible les yeux bandés ! »

Après une pause, Kenzo a répondu : « Reviens me voir ce soir ».

Tir à l’arc les yeux bandé

A la nuit tombée, les deux hommes sont retournés dans la cour où ils pratiquaient dans la journée. Kenzo est allé se poster à l’endroit d’où Herrigel tirait ses flèches plus tôt. Les cibles étaient quelque part à l’autre bout de la cour, cachées dans l’obscurité. Après avoir pris sa position de tir, le maître a tendu la corde et a lâché sa première flèche dans la nuit. Plus tard, Herrigel écrira : « En entendant le bruit, j’ai compris que la flèche a touché la cible ».

Sans perdre une seconde, Kenzo en a pris une autre et l’a lâche dans la nuit après la première. Herrigel a traversé la cour en courant pour inspecter la cible. Dans son livre, « Le Zen dans l’Art du Tir à l’Arc », Herrigel a écrit : « Quand j’ai allumé la lumière au-dessus des cibles, j’ai découvert avec stupéfaction que la première flèche s’était logée en plein milieu du cœur noir de la cible et que la seconde a fendu la première sur presque toute la longueur avant de se loger dans la cible juste à côté.

ZANSHIN 1

Tout est « viser »

Les grands maîtres du tir à l’arc disent souvent que tout est « viser ».  Où on place ses pieds, comment on tient son arc, la façon dont on respire au moment de lâcher la flèche, tout détermine le résultat final.

Dans le cas de Awa Kenzo, le maître archer était si concentré sur le processus censé aboutir à un tir parfait qu’il était capable de reproduire la séquence exacte des mouvements « internes » sans même voir la cible « externe ». Cette conscience totale du corps et de l’esprit en rapport avec l’objectif est connue sous le nom de zanshin.

Zanshin est un terme utilisé communément dans les arts martiaux japonais pour décrire un état de « vigilance relaxée ». Traduit littéralement, zanshin veut dire « l’esprit sans les restes ». En d’autres mots, l’esprit complètement focalisé sur l’action et fixé sur la tâche en cours. Zanshin, c’est être constamment conscient de son corps, de son esprit et de son environnement sans stresser. C’est une vigilance sans effort.

Mais dans la vie de tous les jours, zanchin a une signification encore plus profonde. Zanshin, c’est choisir de vivre sa vie intentionnellement et agir en pleine conscience plutôt que de se soumettre passivement à tout ce qui nous tombe sur la tête.

L’ennemi de l’amélioration

Au Japon, il y a un proverbe très connu qui dit: « Après la bataille, ajuste bien ton casque ». Autrement dit, la bataille ne se termine pas quand on triomphe de ses ennemis. La bataille se termine seulement quand on devient paresseux, quand on perd son sens de l’engagement et quand on arrête de faire attention. C’est aussi ça, zanshin : le fait de maintenir cet état de pleine conscience même quand le but a déjà été atteint.

Nous pouvons transposer cette philosophie dans n’importe quel domaine de notre vie :

  • Écriture: La bataille ne se termine pas quand vous avez publié un livre. Elle se termine quand vous vous considérez en tant que « produit fini », quand vous perdez la vigilance nécessaire pour continuer à progresser dans votre métier.
  • Culture physique : La bataille ne se termine pas quand vous établissez votre nouveau record personnel. Elle se termine quand vous perdez votre concentration et zapper des séances d’entraînement ou quand vous perdez la vision à long terme et finissez dans un état de surentraînement.
  • Entrepreneuriat : La bataille ne se termine pas quand vous faites une grosse vente. Elle se termine quand vous devenez complaisant avec vous-même et trop sûr de vos capacités.

L’ennemi de l’amélioration n’est ni le succès, ni l’échec. L’ennemi de l’amélioration est l’ennui, la fatigue et le manque de concentration. L’ennemi est le manque d’engagement dans le processus du perfectionnement parce que ce processus est essentiel.

L’art de Zanshin dans la vie quotidienne

« On devrait approcher toutes les activités et toutes les situations avec la même sincérité, la même intensité et la même conscience que l’on a avec un arc et une flèche dans les mains ». –Kenneth Kushner, « Une flèche, une vie ».

Nous vivons dans un monde obsédé avec le résultat. Comme Herrigel, nous avons tendance à mettre trop d’accent sur le fait de toucher la cible avec la flèche. Pourtant, si on mettait cette intensité et cette concentration dans le processus lui-même (où on place les pieds, comment on tient l’arc, comment on respire au moment de lâcher la flèche), toucher le centre de la cible serait simplement un effet secondaire.

L’idée est de ne pas stresser de toucher la cible à chaque fois. L’idée est de tomber amoureux avec l’ennui du travail du perfectionnement et s’engager pleinement dans chaque étape de ce processus. L’idée est de prendre ce moment de zanshin, ce moment de conscience totale et de le porter avec soi partout dans la vie quotidienne.

Ce n’est pas la cible qui importe. Ce n’est pas l’objectif final. C’est la façon d’approcher cet objectif. Tout est « viser ». Zanshin.