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Mouvement, 2ème partie.

by Alexey on 10 avril 2016

Nous ne sommes pas des poulpes. Notre corps comprend des éléments rigides (os) reliés entre eux par des articulations qui limitent notre liberté de mouvement. Muscles, tendons, fascia… Notre corps a une structure.

Cette structure présuppose que certains mouvement seront pour elle plus efficaces (et dans ce sens, naturels) que d’autres. Il y a mille façons de ramasser un paquet de chips par terre, il n’y en a qu’une s’il s’agît d’une pierre de 100kg.

Ces mouvements naturels sont en quelque sorte enregistrés en nous. Un enfant arrive dans le monde sans aucune expérience corporelle (en termes de mouvement). Il n’a que la volonté, inconsciente, de bouger. Alors, il explore. Il va là où la structure de son corps lui permet d’aller avec le plus d’efficacité.

BABY CRAWLING

Pensez-y une seconde : un enfant apprend à marcher en moins de deux ans à partir de rien, zéro ! Sans un programme d’entraînement élaboré, sans machines sophistiquées, sans coachs personnels… sans aucune instruction verbale ! En revanche, combien de tentatives infructueuses, combien de chutes !

Les deux premières années de la vie d’un enfant se résument en grande partie à « manger, dormir, bouger ». Si bien que les mouvements d’un enfant de deux ans, aussi imprécis et maladroits qu’ils puissent être, sont le résultat d’un travail de longue haleine et correspondent parfaitement à la structure de son corps.

Chacun de nos mouvements peut être décomposé en une séquence de flexions, extensions et rotations au niveau des différentes articulations. Pour qu’un mouvement soit efficace, chacune de ces flexions, extensions et rotations doit intervenir au bon moment et avec un bon degré d’intensité (ni trop faible, ni trop fort) pour que les parties du corps qui doivent bouger bougent dans les directions et à des vitesses nécessaires, alors que les parties du corps qui doivent rester immobiles le restent.

Ce « séquençage » est géré par le système nerveux. Les séquences les plus courantes sont enregistrées dans le cerveau en tant que telles, « prêtes à l’usage ». C’est l’ensemble de ces séquences qui est la « bonne façon de bouger ». « Bonne », à condition qu’elle ne soit pas corrompue. Comment ? Par biais du mécanisme de compensation.

Qu’est-ce que c’est ? La compensation est un mécanisme de survie qui nous permet de modifier une séquence « normale » de mouvement pour « contourner » un déséquilibre ou un dysfonctionnement du corps et donc, de rester « opérationnel ». L’exemple le plus simple est le boitement qui nous permet de marcher même quand on est blessé à la jambe ou au pied.

Les mauvaises habitudes de la vie ou les contraintes professionnelles peuvent également déclencher le mécanisme de compensation. Pensez au mode de vie sédentaire qui provoque, en plus de l’affaiblissement général, le raccourcissement des abdos – qu’il faut bien compenser dans les activités non sédentaires (la joggeuse décrite dans la première partie de cet article). Un autre exemple, les pompiers qui portent des équipements de 20-30 kg, voire plus, sur une épaule. A l’entraînement comme en intervention.

Bref, la compensation est un mécanisme pas seulement utile mais essentiel pour notre survie. Mais il y a toujours un prix à payer. Dans le cas présent, c’est le fait qu’une séquence de mouvement « compensée » utilisée pendant trop longtemps peut devenir une « séquence par défaut » en remplaçant celle « d’origine ».

CORPS EQUILIBRE

Sauf qu’une séquence « compensée » est une solution d’appoint, de court terme. Elle puise dans les réserves de l’organisme sans trop de discernement, ne se souciant que de « l’action immédiate ». Utilisée de manière permanente elle plombe l’efficacité, perpétue les asymétries et les limitations qui étaient sa cause initiale, en provoque des nouvelles et à terme, risque de générer l’usure prématurée des cartilages et des tendons avec tous les désagréments que ça peut apporter.

Fait connu de tous les spécialistes, la première cause des blessures sportives (qui ne sont pas le résultat d’une chute ou d’une collision) est une blessure déjà subie. Autrement dit, on se blessera d’autant plus facilement que si l’on s’est déjà blessé par le passé. Et pas forcément au même endroit. Un cercle vicieux.

Pourquoi ? Parce que la première blessure a modifié une ou plusieurs séquences d’origine (désormais on va parler des « formes de mouvements ») qui n’ont pas été « récupérées » au cours du traitement et de la rééducation (c’est normal, ce n’est pas le but). Du coup, les asymétries/limitations persistent et les compensations avec.

La distribution de la charge à travers le corps est corrompue (surcharge d’un côté, allégement excessif de l’autre ce qui provoque à moyen/long terme, respectivement l’usure et l’affaiblissement, voire l’atrophie). La transmission des forces (de gauche à droite et du bas vers le haut du corps) est également compromise d’où une perte d’efficacité.

Il apparaît évident que tester et si nécessaire, récupérer les « formes de mouvements d’origine » est d’une importance capitale. En tout cas, si on envisage une pratique sportive ou une activité physique d’intensité comparable.

Les pratiquer en ayant des formes d’origine corrompues, c’est comme rouler avec une voiture dont les roues ne sont pas alignées (asymétries) et avec un frein à main enclenché (limitations). D’accord, la puissance du moteur vous permettra de le faire, en tous cas pour un temps. Mais quel en sera l’effet sur les pneus, les suspensions, la consommation d’essence ? Probablement négatif, n’est-ce pas ?

EPAVE

Assez curieusement, la culture du mouvement « naturel » n’a jamais vraiment « pris » dans les différentes civilisations humaines. Certes, jusqu’aujourd’hui encore les hommes et les femmes en Chine sortent au petit matin dans les squares et les parcs pour pratiquer ensemble les formes du Tai-Chi. Certes, le sport de haut niveau a maintenant plus de cent ans d’existence (depuis le retour triomphal des Jeux Olympiques). Certes, « l’industrie du fitness » ne s’est jamais aussi bien portée. Pourtant, l’importance essentielle du mouvement qui correspondrait à la structure du corps échappe toujours aussi bien aux coaches et entraîneurs qu’aux sportifs et pratiquants.

La malheureuse tendance qu’on peut voir aujourd’hui envahir de plus en plus aussi bien l’univers des activités physiques que la société en général est le « court-termisme » : on cherche à obtenir ce qu’on veut le plus rapidement possible sans se soucier des conséquences à long terme. Dans le sport professionnel (en particulier, dans les disciplines les plus médiatiques) la vanité des uns et l’avarice des autres les poussent à amasser un max de fric et de titres durant ces quelques courtes années où ils se trouvent au sommet de la pyramide. Ils savent déjà que très vite ils vont être jetés au bas de leur piédestal par des « jeunes loups ». Il faut donc agir vite ! Leur corps n’y est qu’un outil pour gagner de l’argent. Il s’agît d’en sortir tout ce qu’on peut avant l’échéance…

Quant à « l’industrie du fitness », la nouvelle tendance est de trouver son plaisir et sa bonne conscience (« je m’occupe de mon corps ! ») dans le fait de « se défoncer » à chaque séance. Entre la course à la performance « mesurable » et bien rétribuée pour les uns et à l’intensité à peine supportable pour les autres, le travail du mouvement est aux abonnés absents. Pourtant, à long terme, l’impact traumatique des mouvements « compensés » paraît évident.

Encore, les anciens sportifs professionnels peuvent utiliser leurs fortunes pour se payer des soins le reste de leur vie. Mais quid des amateurs et des pratiquants occasionnels ? Sont-ils condamnés à se détruire avec pour seule alternative ne rien faire du tout ? Bien sûr que non ! La solution existe et elle n’est que du bon sens. Il s’agît de changer la manière dont on voit l’activité physique en général et la préparation physique en particulier. Il s’agît de retourner à la « culture » physique.

Qu’est-ce la « culture physique » ? Comment pourrait-on la définir ? Peut-être, une activité qui apporte à la fois une satisfaction immédiate (le plaisir du mouvement et de l’effort) et est bénéfique à la santé du corps à long terme ? Un vaste sujet… En attendant, pour partir sur des bonnes bases il y a une solution proposée par Gray Cook dont j’ai parlé dans la première partie de cet article. Il y a plusieurs années il a créé un protocole de « Évaluation du mouvement fonctionnel ».

fms-logo

Cette évaluation fait partie des Systèmes de Mouvement Fonctionnel avec SFMA (versant plus médical du FMS) ainsi que des séquences d’exercices correctifs qui permettent de « récupérer » et maintenir les « formes d’origine ». L’évaluation FMS consiste en sept mouvements relativement simples qui s’adressent chacun à un aspect particulier des mouvements du corps :

  • la mobilité/stabilité des épaules (la ceinture scapulaire) ;
  • la mobilité/stabilité des hanches (la ceinture pelvienne) ;
  • le rapport (transfert des forces) entre le haut et le bas du corps ;
  • le rapport (transfert des forces) entre les deux côtés du corps ;
  • la mobilité/stabilité sur chacun des trois appuis (symétrique, asymétrique, unilatérale).

Il s’agît d’une sorte de « visite technique » qui permet d’apprécier les limitations et les asymétries qui ont pu « s’installer » dans notre corps comme conséquence des compensations suite à une blessure ou à des mauvaises habitudes dans la vie quotidienne (en particulier, la sédentarité).

Si certains mouvements se révèlent « corrompus » mais ne sont pas accompagnés de douleurs, les différents exercices correctifs permettent de les « reprogrammer ». Le but est de faire en sorte que ces mouvements correspondent à nouveau à la structure du corps. Cela assure sa longévité, améliore sa résistance et aide à prévenir les blessures, ce qui est, pour nous, l’objectif premier de la préparation physique.

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